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Mercredi (07/05/08)

Take me there

Le soleil est fondu, indolence des jours, dans le ciel de verre. Il n'y a plus rien à adoucir, je voudrais juste, parfois y parvenir. Rendez-vous avec Ma sur les marches déformées de chaleur, j'apprends à rire de n'importe quoi avec n'importe qui ça n'est pas si dur, et la rumeur de la ville s'y mêle sans rien dire. Mon corps se meurt, sans états d'âme dans tout ce décor. Même toi tu n'y es plus, peut-être seulement les contours, de ton ombre sur son envers.

Par aubes, à 23:11.

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Mercredi (30/04/08)

Lights will guide you home

Parfois tu ris et tu te dis que ça peut te sauver. Il y a les livres, les auteurs étudiés et les philosophies, tes cahiers remplis de notes et toutes ces feuilles broyées noyées de ton écriture de plus en plus illisible, de plus en plus fuyante. Parfois tu écris et tu te dis que ça te retient à une quelconque surface. Les projets se tissent, un peu sans toi mais c'est bien ta main qui signe tous ces papiers et tu te dis que tu as une vie devant toi. Tu t'allonges sur les pierres plates aux bords des eaux et tu écoute leurs voix comme d'un autre monde, tu marches au soleil tu fermes les paupières tu serres son bras, tu l'écoutes parler ça irrigue un peu l'aride des pensées, tu te dis aussi que c'est étrange et que ça a quelque chose de ravivant que d'entrer là et de dire bonjour, j'aimerais un billet pour l'Australie. Mais tu pourrais aussi bien être en train de dire que bonjour, je voudrais un ticket de bus pour la ligne 7 que ça ne changerait rien, et tout ça glisse de tout ton long et ça ne te fait rien. Ce n'est plus vraiment toi c'est l'exil depuis qu'on t'a rouverte à vif parce que tu t'es trahie, et tu te dis seulement dans un terne écho que tout cela finira bien par revenir, les sensations les euphories et tu restes imperméable. Tu vois la pluie et tu te sens étrangement calme, tu te dis que tu aimerais t'asseoir là et la regarder s'écraser et fumer, une cigarette après l'autre. Cigarette pluie cigarette, pluie, cigarette. Pluie. Cigarette... P l u i e . Infiniment. Voilà parfois tu ris et tu es comme cette place fourmillante de vie de cris, elle aussi a eu mal sans doute, l'histoire n'est clémente ni avec les hommes ni avec les villes et pourtant tous ces après-midis on y achète des glaces on y court après les bus on s'y donne rendez-vous. Voilà tu ris et même si tu luttes tu ne prononces plus son nom, et même si tu trembles tu fais comme si de rien. Quand tu ris c'est simple, c'est neuf, c'est beau.
Parfois un détail ricane qu'on t'a dévastée de l'intérieur, et tu as cessé de te retenir de fondre en larmes et ça revient presque chaque soir. Ca en devient bien trop familier mais ça te prend là et tu attends que ça te vide, en te disant que ce qui te tenait debout il y a quelques heures ne sont finalement pas des choses à la hauteur desquelles tu sais rester. Et les gens tiennent toujours de mêmes paroles, et ça ne change rien, jamais, mais tu hoches la tête, il n'y a rien d'autre à dire. Parfois tu mets en marche la musique parfois ça t'apaise parfois ça t'achève. Chaque matin tu lisses ton reflet du mieux que tu peux, tu recommences.

Par aubes, à 16:56.

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Dimanche (27/04/08)

Jusqu'au temps des cerises

Il y avait là-haut l'odeur de l'herbe chaude de matins estivaux, de champs brûlés de printemps et je revivais, je revivais vraiment. Plus tard je coupais des fraises et j'en ai croqué les plus rouges sur le balcon, et quand je me suis allongée sur les dalles j'ai réalisé en ouvrant les yeux que je m'étais endormi. Quelque part même en vain je l'attends encore, quelque soir j'en pleurerai encore, mais la douleur de cette perspective s'est faite moins aiguë soudain. Comme s'il était devenu vrai avec le ciel désert que cette attente pouvait éclore bientôt sur quelque chose de bien plus worthwhile, comme s'il pouvait avoir suffi de voir que dans le jardin d'à côté le cerisier est blanc fleurs.

Par aubes, à 21:12.

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Cigarette

Sur la pointe des pieds sur le pas de la porte je me suis assise sur la même pierre que la dernière fois et j'ai pensé à cette nuit-là. Mais il n'a pas plu cette fois-ci, il n'y avait pas non plus A. dans mon lit et finalement tout était nettement différent. Je l'ai portée à mes lèvres. Doucereuse brûlure et j'ai renversé la tête en arrière pour recracher la fumée la fondre dans les imperceptibles bruits d'obscurité. C'était doux et amer et presque apaisant, un peu comme cet hiver un peu comme les nuits d'ivresse d'avant. J'ai pensé à tout mais à rien, je me suis dit que l'on semait bien trop de temps à regretter à prier les saisons qui nous ont aimé.

Par aubes, à 01:46.

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Mardi (08/04/08)

So

Voilà. C'était ça, ton corps sur ce canapé de vieux cuir brun dans un local désordonné enfumé. J'ai claqué une bise sur ta joue et j'ai croisé les rues vides et froides. J'ai ouvert très grand mes yeux sur la ville figée de vent et de crépuscule encore hivernal, il y avait sous ma poitrine des vagues qui n'auraient voulu que déborder mais mes traits sont restés impassibles, et toutes les façades des bâtiments aussi. Je me suis efforcée de ne pas ciller, mais j'ai pensé à une fillette aux genoux très écorchés ravalant ses larmes. C'est ma vengeance, savoir que je te déteste et te mépriser avec tes attitudes puériles, et me haïr, mais faire encore l'amour contre toi comme si cela pouvait sauver quelque chose. Comme s'il n'était pas évident depuis trop longtemps qu'il n'en survivrait que des déchirures. De fiers et minables lambeaux d'innocence accrochés aux barbelés de ce qui se découvre quand on grandit, quand on se laisse piller par quelqu'un qui le fait sans remords.

Par aubes, à 23:31.

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Vendredi (28/03/08)

Peu importe

Que les pointes de mes cheveux bouclent et s'éclaircissent facilement avec le soleil.

Qu'il faille absolument que j'apprenne à être tout à fait sincère. Et à arriver à l'heure.

Que je rêve de savoir parler espagnol et danser la salsa comme si je l'avais fait toute ma vie.

Que je sois gauchère et très désorganisée.

Que les aéroports et l'écoute de la Marche Turque de Mozart aient sur moi un effet singulier.

Que l'autre midi j'aie lu Les Justes de Camus en cinquante-trois minutes, entre un dîner et un rendez-vous.

Que ce soit elles qui l'aient voulu, et que je ne suive pas tout à fait le règlement.

Par aubes, à 01:25.

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Dimanche (23/03/08)

Please, come back

Quand on vous oublie, ne reste-t-il plus qu'à avaler l'absence que l'on vous a laissé?

Par aubes, à 01:32.

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Samedi (22/03/08)

Please, go out

Il disait pour illustrer une explication, Vous avez remarqué comme l'absence d'une personne rend cette dernière beaucoup plus présente, que lorsqu'elle est réellement présente? Dans la salle plusieurs ont hoché la tête, et j'étais de ceux-là.
Ce n'est pas juste. T'as pas le droit de me faire ça. Pas le droit.

Par aubes, à 17:11.

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Dimanche (16/03/08)

I never cared about you anyway

Ce n'est pas tant le crépitement des pluies à la fenêtre, ni la musique montée fort pour se donner une consistance. Cette fois tu es parti sans te retourner.

Par aubes, à 20:30.

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Désertion

En attendant mon corps se prostitue dans les rues d'une violente agonie. Une fausse indifférence scie mes poignets. Un par un les sentiments se forcent à l'intérieur pour ne laisser en se retirant, une fois repus, qu'un vide effrayant, béant comme cette ville, comme cette vie.

Par aubes, à 17:26.

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Remonter encore le temps

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Fragments

Je tombe alors au fond de moi-même, je coule et je prends plaisir à ces retours vertigineux de la conscience quand je suffoque et me noie. La vie défile à toute vitesse comme un vieux film recollé, plein de déchirures, de trous, de scènes ridicules, de personnages à l'envers, de titres démodés pour s'arrêter soudain sur une seule image, qui n'est pas toujours la plus belle, mais qui devient lumineuse à force de fixer l'attention.

B. Cendrars



Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!

Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.

C. Baudelaire



La vie abîme les vivants et personne, jamais, ne recolle les morceaux, ni ne les ramasse.

O. Adam

Framboisier


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