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Jeudi (04/06/09)

My name is June

Les secousses, les clichés et puis nous voilà aux soirées de juin. Je rêve de jolies surprises et j'ai dit à Ma que si j'avais un appareil photo là, ses cheveux un peu défaits à contrejour du couchant ses accords de guitare et l'eau du lac, eh bien je la capturerais. Le bonheur s'arrache par pétales, et le garçon qui avait dit à Ana qu'il me trouvait jolie que j'étais gentille que j'avais un beau sourire vient toujours au café pour sa pause du matin et je crois qu'il porte toujours une cravate.
Il est loin le jour où je me faisais surprendre à cent mètres de la maison où je me disais qu'on ne devrait jamais sortir sans parapluie un jour d'avril, où je passais ma tête par l'arrière-porte entrebâillée de la petite crêperie pour dire au cuisinier à quel point sa pâte sentait bon (sans oser en demander un peu à goûter).
(Oui je souris beaucoup parce qu'elle m'a fait remarquer contre toute attente, tandis que je lui rendais la monnaie vous avez un très beau sourire, essayez de le garder toute votre vie (et j'ai tant eu envie d'y obéir).)
Elle est loin maintenant l'enveloppe jaune postée en imaginant la surprise de Julia, les lilas cueillis au bord du trottoir, les instants traînés auprès de G., les pâtes cuisinées avec mon frère.
La patronne qui me disait que j'avais fait un bon travail, la glace tricolore avec G. et la vue sur les toits de la ville et le soleil sur sa terrasse, et les repas quand il y a toute sa famille.
Un kaleïdoscope avec les fraises, le melon, le soleil matinal dans la cuisine, G. et sa terrasse au crépuscule, faire l'amour, l'eau chaude avec les bougies et le vin sous les étoiles. L'herbe les sapins l'odeur du feu, son corps sur le mien, la nape quadrillée, les bananes brûlantes au chocolat fondu.
Les photos sur la moto de M., nos portraits et le jour décliné.
La chaleur sous la peau déjà, l'angoisse et l'orage, les envies de couleurs.
Jem, nos conversations inattendues et la joie secrète d'avoir peut-être amorcé là une amitié, et ces parts de gâteau au chocolat fondant. Retrouver El aussi et ses boucles dorées et son sourire, et essayer inlassablement avec L. de croiser nos chemins dans le temps fuyant.
Avec des chansons à la guitare espagnole au milieu de tout ça se dilue l'insaisissable envie, l'inexplicable besoin de, garder espoir. Garder espoir. Espoir.
G. et de petites attentions, et faire l'amour sur le canapé du salon, et faire encore des mojitos, s'endormir sur son épaule le soir. Et un autre générique au cinéma. Dis G., j'ai tant tant tant envie d'exister encore dans ta mémoire de vieillard. Mais nous avons assez à faire de notre présent n'est-ce-pas et je dois m'interdire l'attrayante inutilité de s'encombrer de tout le reste tout ce passé chargé de mélancolie tout ce futur déjà désuet, voyageons léger n'est-ce-pas et voici comment le temps nous emmène encore mieux.
Mélancolie ma douce nous nous reverrons bien sûr, ça restera toujours passionnel mais je ne t'apprécie plus tellement, j'ai rencontré cet amant palpable et prometteur que tu méprises un peu, ce phénomène nommé la vie. Je m'essaie à m'y abandonner - puisque de toute manière (tu le sais trop bien mon amère) on ne revient jamais. En arrière.

Par aubes, 11:42.

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Mercredi (13/05/09)

You think you know but you have no idea, do you?

Parce qu'au fond tu ne te soucies pas réellement de moi n'est-ce-pas, tu m'apprécies tu me trouves jolie et je te fais rire parfois et tu me côtoies comme on regarde un film tu es si attentif pourtant rien ne traverse l'écran n'est-ce-pas, juste les voix confondues des couleurs jusque dans ta rétine - rien qui ne t'empoigne - tu sais je t'aime bien mais j'ai besoin que tu viennes y jouer y répliquer y tromper y fuir y vivre y tuer et y mourir, toi aussi.

Par aubes, 15:30.

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N'est-ce-pas

Et j'ai pensé A. et les vagues gris métal sous la poitrine inerte et j'ai pensé à toi à toute ta douceur mais à tout ce que tu m'infliges parfois durant d'infimes secondes. Je me suis souvenue t'avoir dit que je ne voulais plus être ainsi, cette inégarable et sourde mélancolie et c'est vrai je ne veux plus mais c'est à l'intérieur, comme les marées contre lesquelles on ne peut rien desquelles on ne s'enfuit pas suffisamment et c'est moche à dire hein cette impuissance parfois et même si je ne veux plus c'est vrai mes couleurs naissent aussi de ce monde noir encre blanc ciel.

Par aubes, 15:07.

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(Si seulement) Un biscuit me consolait

Quelque chose de lourd, comme le ciel bas de l'orage comme ce monde en orbite. Je regarde autour et je me dis c'est drôle finalement, de voir toutes ces couleurs au travers de larmes restées en équilibre sous les paupières.

Par aubes, 13:37.

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Lundi (27/04/09)

Yes I like you

Ce sont les odeurs de cuisson sucrée qui m'ont fait descendre- sa maman préparait des pains perdus, plus tard à six autour de la table j'étais la première à lever le verre pour trinquer. Je l'avais rejoint chez lui, sous la pluie et nous avions passé encore de ces instants semblables à des papiers à bonbons colorés froissés.

Par aubes, 23:38.

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Big as the sky

L'air se charge de pluies, mes humeurs font silencieusement les montagnes russes, hier soir dans le noir de sa chambre j'ai surpris G. à l'attendre.

(Je me demande combien de fois encore j'irai le rejoindre comme je m'apprête à le faire là tout de suite.)

Par aubes, 15:48.

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Jeudi (23/04/09)

I might not be back before you fall asleep

Nous avons appris en même temps Ana et moi à faire le cafe freddo. M. l'a bu en m'attendant sur la terrasse avec Johnatan, sur le banc ma tête contre son épaule. J'ai mis G. de côté et suis allée acheter des fraises.
Ma. face à nos boules ananas mocca, la fatigue sortie de nulle part, les yeux verre cassé-menthe de B., nos tables tanguantes, mon café glacé qui insiste pour tacher mon t-shirt (la crème fouettée en trop), la gorge inexplicablement serrée.
 
Au travail je danse chante quand personne ne me voit, manque de renverser son thé froid sur le dos de la dame, attrape des bouts de conversation ramasse des sourires, me concentre pour mémoriser les commandes en file indienne.
Le sommeil s'assèche parce que je pense à G. parce qu'il faudrait vraiment partir, j'en pleure un peu et fermerai les yeux aux vapeurs de l'aube. J'entoure les pots qui cachent les graines tournesols depuis la lumière de ce matin, de rubans colorés.

Par aubes, 21:36.

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We'll bleed

Preuve en est un matin de printemps j'ouvrais les yeux sur le levant. La seule chose pour éclabousser mon esprit, une blessure intime, juteuse, brûlante.

Par aubes, 21:20.

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L'irréparable

Il y a une année la lente reconstruction, les nouvelles pousses entre les fissures décombres de bâtiments désarticulés. A. ne saura peut-être jamais, ce qu'il a fait ne saura jamais ce qui lui a été cédé et tout ce qu'il ne méritait pas, qui finalement est en partie ma faute il ne saura jamais comme il m'a méprisée et même lui crier dans les oreilles même lui murmurer dans le cou, ne lui pardonnerait rien ne reviendrait en arrière d'aucun passé.
Ce qu'il y a de réel est cette imperceptible réparation, l'apaisement, les instants de simplicité pure et brute, les visages de ceux qui n'avaient pas la moindre idée -parfois une image censurée, du carnage intérieur mais qui par leur seule présence comblaient les abîmes dégoûtantes de la déception les nausées crochues des-illusions.
Alors il y a une année ça faisait très mal, et à ce jour je, même si mes artères parfois s'égorgent d'avoir craché sur d'avoir bafoué le livre imagé d'une fillette aux cheveux dorés, respire.

Par aubes, 21:11.

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Mardi (21/04/09)

Can't wait for you to come, as long as I know you won't

Sans réponse de G. depuis son départ aux étrangers. J'ai rangé la terrasse sous la lourde pluie, couru derrière mon bus et en ouvrant la porte de la maison le repas prêt avait des effluves jusque dans l'entrée. Juste avant je noyais ma colère en avalant le vent de tempête en absorbant les gouttes. Je téléphonerai à Ma. je monterai la musique je ferai des macarons coco et des projets pour demain comme si ça ne m'atteignait, absolument, pas.

Par aubes, 20:03.

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Remonter encore le temps

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Fragments

Je tombe alors au fond de moi-même, je coule et je prends plaisir à ces retours vertigineux de la conscience quand je suffoque et me noie. La vie défile à toute vitesse comme un vieux film recollé, plein de déchirures, de trous, de scènes ridicules, de personnages à l'envers, de titres démodés pour s'arrêter soudain sur une seule image, qui n'est pas toujours la plus belle, mais qui devient lumineuse à force de fixer l'attention.

B. Cendrars



Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!

Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.

C. Baudelaire



La vie abîme les vivants et personne, jamais, ne recolle les morceaux, ni ne les ramasse.

O. Adam



-Quelquefois je me demande ce que nous sommes en train d'attendre.
Silence.
-Qu'il soit trop tard, madame.

A. Baricco



"Et quand tu seras consolé (on se console toujours) tu seras content de m'avoir connu."

Saint-Exupéry



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